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Epouillage

Bon, je continue mon lent travail d'épouillage de manuscrit. 400000 signes, pensez-donc, ça en fait des redites, des répétitions, des à peu près...

Alors, foin de l'artisanat, je suis passée à la correction industrielle. J'ai acheté un logiciel pas mal, qui s'appelle "Antidote".

Figurez-vous qu'en l'explorant, j'ai découvert une fonction de recherche amusante: "Verbes faibles" Et là, pauvre de lui, mon texte s'est révélé dans toute sa misère. Des verbes faire, des verbes avoir, comme s'il en pleuvait.

Je me souviens qu'à l'époque, je justifiais ce procédé paresseux en revendiquant une simplicité laconique de l'expression. Fumiste, va!

Alors, je balaie mon manuscrit avec le logiciel magique sans lire le texte, et chaque fois qu'un de ces mots est surligné, je l'écrase entre deux doigts, comme un vilain comédon, jusqu'à ce qu'il exprime son sens, en lui posant la question: qu'est-ce que tu veux dire, là? Est-ce important? T'as intérêt, sinon, du balai ! Et plaf, je supprime la phrase.

Tant il est vrai qu'à verbe mou correspond une pensée avachie.

Du nerf, que diable!

Demain... je passe au répétitions.

 

 

6.6.08 19:16


Retour

Il y a un mois, je reçois un coup de fil.

Une voix grave. "Bonjour vous vous souvenez de moi? G... ?" Hum, Aucun G dans mes fichiers...

Il me rappelle qu'il m'a rencontré il y a 18 mois (le temps de faire deux bébés?) lors d'une table ronde et qu'à la suite de notre conversation, je lui ai envoyé mon manuscrit "Loin des étangs".

Damned. illumination, pour sûr! C'est un éditeur! Un mâle! Eh oui, mesdames et messieurs, parfois Elle a la voix grave et se conjugue au masculin. Mais comme je vous l'ai dit, les représentants masculins sont rares. On les trouve soit dans les maisons prestigieuses, soit dans les petites.

Là, c'est une petite.

Bon. il s'emberlificote un peu, gêné d'avoir trainé autant, mais c'est pour dire que mon "Loin des étangs, heu, s'il est toujours disponible", eh bien, il l'intéresse.

Ah booooon?

Depuis, je le retravaille ce manuscrit que j'avais écrit il y a plus de dix ans. Mon premier roman adulte, qui depuis prenait la poussière numérique sur mon ordinateur.

Alors, ce post est pour tous ceux qui ont un manuscrit dans un tiroir. Une première œuvre écrite dans le bouillonnement de l'enthousiasme, pour ceux qui ont essuyé sans comprendre les refus successifs d'éditeurs plus ou moins cinglants. (Les refus et les éditeurs. j'ai jamais dit que j'écrivais bien)

Un manuscrit n'est jamais mort. un manuscrit doit seulement attendre son heure.

Mais tout de même à la lecture, je mesure tout le chemin parcouru, et je pourrais dès à présent vous faire une liste non exhaustive des défauts des écrivains débutants.

Mais cela ne vous parlerait pas

Disons simplement que j'élague beaucoup, je coupe toutes ces petites choses qui, à moi, me semblaient importantes, ces petites notations subtiles ou pleines d'esprit, bourrées d'adjectifs finement choisis...

Je me mets au service de mes personnages et de l'histoire, au détriment de tous ces ornements qui l'alourdissent. Je vire de grands passages qui m'ont parfois couté de longues semaines de torture. Hop. Sans regrets. De toute façon, dans mes lectures je n'aime pas quand on sent l'auteur en deus ex machina. Je veux pas me sentir!

Je muscle les verbes, fais la chasse aux clichés, différencie le mode d'expression des personnages.

Hop.

J'ai les yeux qui se croisent mais ça avance.

Alors, oui, je ne saurais affirmer que je pense à mon lecteur quand j'écris, mais en tout cas,j'ai l'impression d'avoir fait mon boulot quand j'ai bien servi mes personnages.

Et, soyons juste, il n'y a pas que du mauvais, je mesure le chemin parcouru, les qualités de départ qui restent toujours valables, cette structure du récit qui tient la route, en tension, les thèmes récurrents, les métaphores obsédante.

Mais bon, c'est tout à fait comme en analyse, il faut être prêt, pour accepter certaines révélations. Aucun éditeur ne peut faire comprendre ça, même si l'idée du roman est bonne, l'écriture aussi, même si l'histoire est fabuleuse. Il faut que cela vienne de soi, sinon, on ne voit pas le problème...

Oh que j'aimerais retourner dans le passé pour glisser à l'oreille de l'apprenti écrivaine que j'étais: Tu tiens le bon bout, tu es en train d'apprendre.

Et je voudrais dire à Gérard à quel point son conseil était bon quand il m'a suggéré d'écrire pour la jeunesse en affirmant: là, on est obligé de s'oublier pour servir son histoire, sinon, ça ne marche pas.

Il avait raison.

 

 

 

 

 

 

 

 

2.6.08 18:25


Mal aimées

Samedi, je me prépare. A quinze heures, je dois me rendre au spectacle organisé par la médiathèque au 8e feu de cette petite ville de la région lyonnaise; oui, au huitième feu, on en a rajouté un, depuis la dernière fois, même si le temple de la lecture local, lui, n'est toujours pas signalé.

J'en ai déjà parlé de cette médiathèque. Un bâtiment lumineux qui a couté des sous, un classement astucieux, des bibliothécaires qui ne font pas peur du tout. J'ai mené ici une action dans le cadre des Dix mots de la Francophonie. J'ai rencontré des classes, les dames du cour d'alphabétisation, toutes timides derrière leurs voiles. Un collège nous a posé un lapin, sans prévenir. Ce jour là, j'ai vu les yeux brillants et tristes de la directrice.

Voilà. On y est. C'est le clou de l'action. Les poèmes produits vont être mis en musique par un musicien chanteur du coin; un type bien, avec une voix superbe. Les invitations ont été lancées. ça coute des sous tout ça. Mais les bibliothécaires sont au taquet.

Enfin pas toutes. On est samedi.

Dans l'espace aménagé pour le spectacle, quelques personnes attendent. Pas beaucoup, une dizaine. Où sont les édiles, financeurs ? La responsable de la culture fraichement élue? Où sont les instits que j'ai rencontré et avec qui j'ai travaillé? Pourquoi n'y a-t-il aucun des enfants qui ont créé ces petits textes suspendus à l'arbre poémier? Où sont les bénévoles du Centre social, et les petites dames maghrébines qui ont écrit ces poésies qui déchirent l'âme? Où est l'animatrice du cours d'alphabétisation?

Ah, oui, c'est le week-end. Ah oui, ils n'habitent pas dans le village. A croire que le samedi, les bagnoles se transforment en citrouilles, sauf dans les parkings de Carrefour et d'ikéa.

Les adultes n'aiment pas leurs bibliothèques, et on voudrait que les enfants lisent ?

Les larmes de la bibliothécaire ne sont pas loin. A chaque fois c'est pareil. Une action est menée, qui a mobilisée énergie, enthousiasme et argent, et des lapins sont posés, les instits oublient de venir, les maires de faire un discours, et les profs restent dans leur lit.

Et les enfants? Ils viendraient bien, eux, mais ils n'ont pas d'autonomie, hein.

Alors, le chanteur a chanté devant une poignée de spectateurs des textes beaux et naïfs qui parlaient des rhizomes de l'amitié et de livres passerelle... On a applaudi de toutes nos forces, avec rage.

Ce n'est pas la première fois que je console une bibliothécaire: en Bretagne, à La Réunion, en Bourgogne, et ailleurs, c'est pareil. Il y a toujours une médiathèque flambant neuve, qu'on peine à trouver faute de panneaux de signalisation, des bibliothécaires qui se défoncent à monter des activités originales, et pour finir, l'indifférence générale.

Alors, voici mon conseil du jour: Auteur, quand tu vas dans une bibliothèque, n'oublie pas tes kleenex.

31.3.08 11:26


Contrat

Mes parents me l'ont dit et répété quand je suis entrée dans l'age adulte:

"Ne signe pas n'importe quoi."

Voilà qu'Elle m'envoie le contrat, le fameux contrat qui unira mon sort à l'éditeur bien après que la mort nous sépare.

C'est long, l'éternité, surtout vers la fin, comme le disait (à peu près) Woody Allen.

L'éditeur prend ses précautions. Les choses vont tellement vite, ma pauvre dame, il lit beaucoup de romans d'anticipation,l'éditeur, alors, ces histoires de livre numérique, ça n'a plus de secret pour lui, hein.

Et voilà comment, depuis quelques temps, les nouvelles clauses fleurissent sur notre bon vieux contrat d'auteur qui n'était pourtant pas ébouriffant de laxisme auparavant.

C'est ainsi que je suis priée de céder mes droits d'édition pour tout support présents et à venir, existant, et pouvant exister.

Ah non, alors, je refuse totalement l'engramage par microcapsulation nanologique de mon œuvre, même si le procédé n'a pas encore été inventé. Et pour l'instant, je n'ai aucune idée du cours de l'Euro extragalactique.

Alors je barre, je rature, j'appose des rajouts dans la marge, mon contrat prend des allures de brouillons de Perec. Je m'en donne à coeur joie. Pas tous les jours que l'on peut corriger son éditeur.

J'élimine, avec un rire désabusé, cette fameuse clause qui voudrait m'obliger à laisser à l'éditeur le droit de publier mon livre dans n'importe quelle autre société de son groupe.

ça va pas non? C'est comme si en t'épousant, j'acceptais de coucher avec tous tes potes ! Nan, c'est toi que je veux, rien que toi...

Et je renvoie le tout.

Quelques jours après, je reçois le commentaire un brin déçu de ma belle éditrice :

"Je suis étonnée de toutes ces ratures, la plupart de nos auteurs signent sans problème"

Eh oui, ma douce. ils n'ont pas tous appris à lire...

 

Une journée de réflexion sur l'édition numérique aura lieu à la villa Gillet (Lyon) le dimanche 14 septembre 2008. (accès libre).

 

28.3.08 09:05


Se surprendre

En général, un projet de roman flotte quelques temps à la limite de mon subconscient avant que je me décide à l'attaquer. Pourquoi celui-là, pourquoi à ce moment?

Je ne le saurai qu'après.

Le personnage nait, fragile tout d'abord, sans réelle consistance, je le fais bouger dans son environnement, il va chercher un yaourt dans le frigo, laisse trainer la petite cuillère sur le plan de travail, ou au contraire nettoie ses traces avec un soin maniaque. Je l'observe, je fais connaissance.

Et puis j'écris.

Viens le moment où l'intrigue a pris forme, je ne suis pas mécontente, ma foi. Tout se déroule à mon gré. Mais vient s'interposer une petite idée, insidieuse...

"Et si..."

Patatras. Fini le confort. L'idée s'impose, balaie la trame finement ordonnée. Et voilà mon personnage qui claque la porte, rencontre quelqu'un dans un bar, se tire en Espagne, ou sur les toits.

Ayant toujours été une mère ouverte, je laisse faire, pour voir. Et je vois.

C'est ainsi que je ne m'ennuie jamais quand j'écris.

Promis, je m'y remets bientôt, à ce blog. mais le salon du livre était sans grand intérêt, et je travaille, aïe aïe aïe!

7.3.08 16:06


Ben oui je sais

J'écris moins,

mais je suis submergée.

une vague, une déferlante, que dis-je, un tsunami de boulot. j'écris plus par ailleurs, j'écris moins ici. Mais patience... ça reviendra...

Le temps des salons est proche!

D'ailleurs la semaine prochaine, celui du livre.

Je vous raconterai.

 

5.3.08 20:32


Survivre avec les loups

Micha Defonseca a menti, elle n'est pas juive, elle n'est pas la petite fille qui a traversé l'Europe pour retrouver ses parents retenus par la Gestapo, grâce à l'aide d'une meute de loups.

Survivre avec les loups est une supercherie.

Et alors?

C'est une histoire qui a ému des millions de gens, qui a été traduite dans 18 langues. Et tous ces gens là n'auraient pas douté de la véracité de ce récit pseudo biographique?

Allons!


Quand j'ai vu l'interview de Misha Defonseca à la télé, il y a quelques mois, je n'ai pas cru une seconde à son récit. Mais qu'importe?

Mytho?

Je m'en fiche.

Ce qui est plus grave, à mon sens, c'est qu'il faille travestir en autobiographie une histoire romanesque pour qu'elle ait du succès, pour que les lecteurs s'autorisent à y trouver du plaisir.

Et cette enfant recueillie dans une famille sans doute pas franchement accueillante, quel besoin irrépressible l'a-t-il poussé à se dire petite fille juive survivant grâce aux loups, à travers une Europe hostile? Pour que son sort suscite la compassion du monde entier?

Qui sont ses loups personnels, plus aidants que les humains ?

Il y a là de quoi faire un roman.

 

29.2.08 11:00


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